dimanche 29 décembre 2013

Frère des loups. Tome 1

Chroniques des Temps Obscurs est une série de Fantasy, écrit par Michelle Paver.
Elles se déroulent en 6000 avant J.C., et racontent les aventures d'un jeune garçon, Torak.

Résumé :
Un démon maléfique s'est emparé d'un ours. Celui-ci tue le père de Torak, jeune garçon de 12 ans. Avant qu'il ne meure, son père lui fait promettre d'accomplir la prophétie : Torak doit trouver la Montagne de l'Esprit du Monde pour rétablir l'harmonie entre les hommes, la nature et les animaux. Torak aura un long et dangereux chemin à faire pour accomplir la prophétie, mais il sera guidé par un jeune loup, qui lui ressemble comme un frère, et avec lequel il peut communiquer.
Une alliée inattendue, Renn, viendra se joindre à eux.
Les trois s'engagent alors dans un étonnant périple, au cœur de la forêt profonde, tour à tout fascinante et hostile, poursuivis par le plus terrible des démons.

Mon avis :
Une écriture vive, qui essouffle presque dans les situations les plus inquiétantes, des personnages courageux mais terriblement humains, avec leurs doutes et leurs faiblesses, une histoire originale, au temps de la préhistoire, une ambiance plutôt feutrée et intimiste, font de ce premier tome un roman très agréable à lire, et engage à lire les tomes suivants.

Infos :
Par Michelle Paver
(traduction Bertrand Ferrier)                                                                                    
Date de parution : 30/03/2005
A partir de 10 ans
386 pages - 14.20 €

Vango. Tome 1. Entre ciel et terre

Résumé :
Paris, 1934. Devant Notre-Dame, une poursuite s'engage au milieu de la foule. Le jeune Vango doit fuir. Fuir la police qui l'accuse, fuir les forces mystérieuses qui le traquent. Vango ne sait pas qui il est. Son passé cache de lourds secrets. Des îles silencieuses aux brouillards de l'Écosse, tandis qu'enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité.
 
Mon avis :
Le rythme est trépidant, dès la première page. On ne cesse de passer d'un lieu à l'autre, d'un personnage à l'autre, tous attachants, forts, originaux. Au centre, Vango, personnage mystérieux et simple à la fois, nous fait traverser le monde et l'histoire.
L'écriture est vive, enlevée, riche ; le style, en accord parfait avec l'histoire, au service du charme et de l'humour, nous maintient en haleine tout au long des pages, sans jamais nous décevoir !
A lire ABSOLUMENT !


Infos :
Auteur : Timothée de Fombelle
Editeur : Gallimard jeunesse
Pages : 371 pages
Date de parution : 18 mars 2010
                        
                        
                  

jeudi 26 décembre 2013

L'atelier d'écriture à thème : l'amour

Le travail d'Hélène


2) Intégrer expressions :

"Article posté le 29 novembre 2013 à 21h03 :
Pour soigner un coeur brisé, le soulever, le serrer sur son propre coeur. Puis l'enduire longuement de baume afin d'éviter qu'il se fende tel une pierre sous les coups d'un bourreau au coeur sec.
L'installer délicatement en mettant du coeur à l'ouvrage au creux du coeur d'or d'un artichaut.
Prendre le tout en main (gauche de préférence), ouvrir son propre coeur pour qu'il en ait le sien net.
Le coeur ayant ses raisons que la raiosn ignore, commncer l'effeuillage...

Pour en savoir plus, rendez-vous sur : http://www.gaietédecoeur.mairie-auffargis.com"

3) Lettre d'amour à contraintes

"Mon rabot d'amour, ô toi pour qui j'en pince, monseigneur ! Nous unir tel le lapin et la lapine, la jument et l'agneau ? Merveilleuse idée qui me donne des frissons, ma peau avide de la tienne frémit comme sous la caresse d'une vibrante ponceuse... Pour toi je serai fonceuse, défonceuse, ô mon rabot affuté tel un vilebrequin miraculeux.
Signé Hé-laine, ta brebis d'amour"

4) Dico dingo : "L" lutiner, lardon, langue, louanges, lumière, logarithme, loup.

"Las, Louise, en quelle langue chanter les louanges de celui qui lutine dans la lumière de la laiterie tranformée en lou-panar ? Quel logarithme littéraire, quelles labiales lancer en l'air ce lundi pour éviter au loup d'être découpé en lourds lardons ?"

jeudi 31 octobre 2013

Prix de la nouvelle d'Auffargis : 1er prix


Un air de gourmandise
de Marie-Christine Quentin


Justin n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Et si Christine avait raison ? Durant des heures il avait roulé dans son lit à la recherche du sommeil. Peine perdue, le regard de sa femme quand il avait acquiescé à la demande de son jeune frère n'avait cessé de le hanter. Christine n’avait rien dis, pas un mot. Elle s’était contentée d’ébouriffer la tignasse du garçon dans un geste affectueux qui à lui seul en disait long sur ses pensées. Oui, elle avait raison, jamais il n’aurait dû céder. Pas cette fois. L’enjeu était trop important. Mais comment résister au sourire béat du Pinson quand il était venu lui proposer son aide ? Justin n’avait pas su. Il n'avait jamais su refuser quoi que ce soit à son frère. Et maintenant il était trop tard pour revenir en arrière, sous peine de voir l’enfant s’effondrer en sanglots.

Trempé de sueur, il s’était levé au milieu de la nuit pour vérifier sa marinade. C’était son point fort, le cœur de sa recette. Elle devait être irréprochable. Dans la pénombre de la cuisine endormie, il avait longuement humé le beurre qui se gorgeait doucement du parfum poivré des truffes du Périgord puis, rassuré, il s’était recouché le nez enfoui dans la chevelure de Christine qui elle aussi fleurait bon la forêt, la mousse, la lumière chatoyante des feuilles de châtaigniers.

Il roula hors du lit, sans bruit, et sortit s’étirer dans la lueur de l’aube à peine levée. La température était douce, le ciel complètement dégagé. En franchissant la porte il buta sur un corps tapi sur le paillasson. Le jeune adolescent dormait, enroulé dans un vieux paletot comme dans un nid douillet.

- Mais qu’est-ce que tu fais là Gabin ?

Jamais il ne s'était résigné à utiliser le sobriquet dont tout le village affublait son jeune frère.

- Allez, debout ! Viens déjeuner ! La matinée va passer vite, et il y an a du pain sur la planche.
- Parce qu’on va fabriquer du pain ? s'exclama le Pinson, les yeux encore tout ensommeillés.
- Mais non, idiot ! C’est juste une expression.

Gabin vivait avec leur mère dans une petite villa en bord de mer. C’était un enfant fragile, un peu simplet disaient certains, mais si gai et si attachant que chacun s’accordait à lui pardonner ses bêtises. Et dieu sait s’il en inventait! Le Pinson portait la poisse, c’était de notoriété publique dans le village. Justin plus que quiconque en avait souvent fait les frais. Pas un jour de congés scolaires ne s’écoulait sans que l’enfant n’enfourche son vélo pour venir lui proposer son aide. Une aide qui tournait souvent au vinaigre. Mais peu importe, l’enfant était heureux et c'était l'essentiel. Mais ce matin Christine avait raison. Ce n'était vraiment pas le jour à prendre le moindre risque.

- Gabin, il faut qu’on parle.

Surpris par le ton grave de son aîné, l’enfant leva vers lui un regard transparent où brillait toute l'admiration qu'il portait à son frère.

- De quoi ? demanda-t-il entre deux bouchées de pain, les joues toutes barbouillées de confiture de mûres.

Justin enveloppa son frère d’un regard attendri. Non, il ne pouvait pas lui faire ça. Tant pis ! Il veillerait simplement à ce que l'enfant se tienne éloigné de la cuisine.

- Non, rien … Je voulais juste te dire que je suis content que tu sois là. Tu vas aider Christine à faire les courses, d’accord ?
- Les courses ! soupira l’enfant avec dépit. Mais je veux cuisiner, Justin, tu le sais bien !
- Devant la petite mine renfrognée du Pinson, Justin ne put s’empêcher d’éclater de rire.
- Allez, viens bonhomme ! Allons cueillir des gariguettes pour le dessert.

Jusqu’ici le restaurant avait plutôt bien rapporté. Mais ces derniers temps les affaires étaient devenues difficiles. La crise avait frappé. Et il y avait toutes ces mises aux normes à assurer : incendie, électricité, accès handicapés. Tout cela avait un coût que ses économies ne suffisaient plus à assurer. La presse économique s’accordait à écrire que le plus dur était passé. Justin voulait y croire. Mais il savait que sans un nouvel apport de capitaux il ne pourrait tenir longtemps. C’est par hasard qu’il avait appris la venue du président Walter dans la région. Un voyage dont la presse spécialisée s’était faite écho tant la curiosité du financier en matière de cuisine était réputée dans toute la profession. L’homme passait pour être intransigeant. Intransigeant mais généreux avec qui réussissait à l'étonner. Son séjour dans la région était une chance que Justin ne devait pas laisser passer. Il l'avait invité à sa table, et à sa grande surprise, l'homme avait accepté.
- Ça va aller, lui murmura Christine dans un sourire. Je pars à la criée et j’emmène Gabin avec moi. 
- Tu viens le Pinson ?

C’était à elle que revenait la tâche délicate de choisir les meilleurs produits du marché. Que ce soit à l’étal du poissonnier ou au milieu des cageots grouillant de vie à la criée, elle n’avait pas son pareil pour repérer les langoustines de premier choix. Elle les triait sans hésiter, d’un geste sûr, jetant son dévolu sur celles aux yeux brillants, aux branchies rouges et à la chair rosée translucide, écartant d’emblée celles dont la carapace rouge orangée présentait des taches noires près de la queue. Elle était aussi maîtresse dans l’art de sélectionner les poissons de qualité : œil bombé, corps rigide, chair ferme et pigment de la peau bien marqué. Les mareyeurs n’avaient qu’à bien se tenir : bars, flétans, barbues, daurades, maquereaux, rougets, rien ne résistait à son œil aiguisé. On ne la trompait pas sur la fraîcheur.

- Et si on prenait des huîtres, suggéra le Pinson en lorgnant sur leur belle chair émeraude que le poissonnier avait mise en exergue en les plaçant, ouvertes, sur un plateau garni de glace pilée.
- Ou des crabes, ajouta-t-il en caressant du bout du doigt un majestueux tourteau couleur de brique tranquillement occupé à buller entre ses deux grosses pinces. Ou bien une araignée ?

Les crabes sentaient bon la pêche à pieds et le goémon. Le Pinson s’en léchait déjà les babines. Rien qu’en fermant les yeux, il s’imaginait déjà le bol de mayonnaise d’un délicieux jaune orangé que Justin déposerait sur la table. Une palourde lui gicla un trait d'eau fraîche à la figure, le tirant brusquement de sa rêverie.

- Oh, regarde celui-là ! dit-il en pointant du doigt un superbe poisson. Exactement ce qu'il faut pour Justin !

Christine sourit. Sous ses airs parfois ahuris, l’enfant affichait un goût sûr et affirmé.

Quand ils revinrent du marché avec leur chargement, une douce odeur de pâtisserie embaumait la cuisine. Disposées les unes à côté des autres, les tartes rivalisaient de belles couleurs appétissantes : pommes, abricots, mirabelles, citron, fraises. Une palette de peintre à faire pâlir d’envie plus d’un gourmand.

- Alors ? La pêche a été bonne ? demanda Justin occupé à faire revenir une échalote finement ciselée dans quelques grammes de beurre salé.
- Regarde un peu ! répondit fièrement le Pinson. C’est moi qui l’ai choisi pour toi. Le vieux Mathurin l’a pêché à la calée cette nuit.
- Et c'est quoi cette merveille ? fit mine de s'étonner Justin.

D’un geste assuré, sans attendre la coloration, il ajouta un peu de vin blanc sec, sala, poivra, avant de se pencher au-dessus du panier que l’enfant lui tendait.

- Un turbot ! s’écria le Pinson en brandissant le poisson encore tout couvert de limon comme s’il était directement tombé du filet du pêcheur dans le jardin de jeunes poireaux qui tapissaient le fond du panier.
- Et c’est moi qui vais le pocher !

Christine et Justin échangèrent un regard inquiet par-dessus la tête de l’enfant.

- Non, pas cette fois Gabin. Tu sais qu’aujourd’hui nous avons un invité spécial. Il faut que le repas soit parfait, tu comprends ?

Le Pinson prit un air abattu.

- Pourtant tu dis toujours que je suis doué. Ou alors tu dis ça pour te moquer de moi ?
- Mais non, voyons ! Simplement aujourd’hui c’est un peu compliqué. Si tu veux vraiment nous aider, va dresser la table avec les serviettes en forme de coquillages comme tu le fais si bien, d’accord ?

Justin était tendu. Et si Walter n’approuvait pas sa trop grande créativité ? Il avait décidé de lui faire découvrir sa toute dernière innovation : un turbot coiffé de poireaux juste croquants, parfumé de paillettes de truffes savamment émincées, et souligné d’un trait de sauce périgourdine : l’accord était parfait, aussi esthétique que savoureux. La texture de la chair fine et délicate du poisson mariée à celle du légume fraîchement cueilli était un vrai régal pour le palais. Il alluma la radio pour se forcer à penser à autre chose, quand un bruit de verre brisé lui fit dresser l'oreille.

- Oh non ! Ce n’est pas vrai ! Tu le fais exprès ou quoi ?
- Je suis désolé, bafouilla le Pinson en se grattant la tête d’un air embarrassé. Je voulais juste …
- Fous-moi le camp d’ici, hurla Justin hors de lui. Je ne veux plus te voir traîner dans ma cuisine, tu m’entends ?

Le Pinson attrapa son paletot, et sans demander son reste il tourna les talons, les épaules basses. Une fois de plus il avait échoué. Pourquoi avait-il fallu qu’il ouvre le réfrigérateur et que ses yeux tombent sur le bocal de beurre aux truffes ? La sauce beurre était si blonde, son parfum si relevé. Il n'avait pas pu résister à l'envie d’y glisser un doigt pour y goûter. Quand le bocal lui avait échappé des mains, il n'avait rien pu faire.

Justin était désespéré. Il savait Walter à la recherche de saveurs nouvelles, raffinées. Il avait tout misé sur cette recette et voilà que tous ses espoirs gisaient à terre. La mort dans l'âme, il tenta de se concentrer sur la préparation d'une nage de langoustines à la crème de châtaignes qu'il comptait servir en entrée.

L'homme d'affaires arriva à midi pile en compagnie de son épouse. Lorsqu’il prit place à table, il émit un léger soupir qui n'échappa pas à l'oreille attentive de Christine. Il semblait fatigué, éteint. Tout juste s’il esquissa un sourire poli à l’arrivée des langoustines joliment dressées sur leur lit de mousseline mordorée. Du bout de sa fourchette, il se mit à chipoter dans son assiette sous le regard inquiet de Justin qui se tenait discrètement à l'écart. Un silence de glace régnait sur la salle à manger inondée de soleil.

- Pourrais-je avoir un peu de pain ?

Le pain. Le mot tomba au milieu du silence comme un pavé. Le pain. Affolé, Justin se tourna vers Christine. Lèvres pincées, celle-ci fit non de la tête. Pas de pain. Sous la pression, ils avaient oublié le pain. Justin vit ses rêves s'effondrer comme un soufflé. C'était la catastrophe. Il avait craint de ne pas être à la hauteur, craint de manquer son plat. Mais le pain. Comment avait-il pu oublier le pain ? Et que dire au président qui déjà manifestait quelques signes d’impatience ? Blafard, il s'approcha de la table pour tenter d’expliquer l’inexplicable, quand le Pinson surgit de la cuisine, un quignon de pain sous son bras, qu’il tendit sans hésiter au client éberlué :

- Tenez, c’est tout ce que j’ai trouvé, Monsieur Walter. C’est le reste du pain que ma mère m’a donné ce matin pour mon goûter. Y a pas meilleur dans tout le pays, croyez-moi ! Et pour saucer, y a pas plus efficace ! Essayez pour voir, et vous m'en direz des nouvelles !

Bluffé par la candeur du gamin, si naturel et si loin des courbettes dont il finissait par être rassasié, Bruno Walter éclata de rire. Il s’empara du morceau de pain que le gosse lui tendait et se mit à saucer son assiette avec cet air de gourmandise que seuls les enfants savent s’autoriser.

- Quel délice ! Et quel sens de l'innovation ! Ce jus est une pure merveille ! Rien qu’à lui seul, il vaut le déplacement !

Jamais Gabin ne s’était senti aussi léger. Sous le regard aussi admiratif que stupéfié de son aîné, il sortit de la pièce en sifflotant, joyeux comme un pinson.

Prix de la nouvelle d'Auffargis : 2ème prix

DESIRS, GOURMANDISE…
de Monique Gendrault

Quand, par hasard, je croisai le regard de l’enfant placé juste en face de moi, je lus dans l’ardeur de ses yeux, sans l’ombre d’une hésitation, qu’il reluquait ma part de gâteau qui était notoirement plus grosse que la sienne. La situation était cocasse et m’amusait beaucoup d’autant plus que le petit garçon, qui devait être âgé de six ou sept ans environ, avait une adorable frimousse de poulbot endimanché. Un visage rond et potelé, une mèche rebelle sur son front haut et lisse, des prunelles sombres qui vous fouillaient le cœur et l’âme… J’avais envie de me pencher vers lui au-dessus de la table afin de pouvoir l’embrasser, lui mordre les joues. Bien sûr, je ne fis rien de tout cela. Nous étions à un mariage. La tablée était immense. Je ne connaissais personne hormis la mariée qui m’avait invitée, je ne sais plus trop pourquoi… nous avions fréquenté le même collège, puis le même lycée… au dernier moment, mon cavalier attitré s’était désisté pour une raison inconnue mais qu’importait, de toutes façons, je me serais ennuyée pareillement. Je détestais ces grands rassemblements quelle qu’en fut la raison… mariage, anniversaire, enterrement… ou autre occasion de manifester à outrance des sentiments plus ou moins habités. Sans ce petit garçon, j’aurais certainement fini par mourir d’ennui mais il était là avec son nœud papillon, sa petite chemise blanche qu’il avait pris soin de ne pas tâcher durant tout le repas. « Une éternité pour un enfant de cet âge » me dis-je. Heureusement, nous en étions au dessert et tout ceci allait bientôt se terminer. Sûrement. J’aperçus la mariée qui, grimpée sur la table recouverte d’une nappe rose bonbon, sa robe à frou-frou retroussée, arborait sans pudeur une jolie cuisse satinée, gainée d’un bas de dentelles blanches en haut duquel trônait la fameuse, l’inévitable jarretière jetée en pâture à cette coutume des enchères que j’exécrais par-dessus tout. Mais après tout, je ne devais m’en prendre qu’à moi-même. Que faisais-je là ? J’aurais pu moi aussi ne pas venir à cette cérémonie, trouver une excuse, faire un mensonge, grossier ou très élaboré, après tout le choix était immense. Ce samedi de juin était particulièrement exceptionnel de par sa douceur. J’aurais pu aller me promener le long de la Seine, taquiner les bouquinistes que je connaissais bien, griller quelques cigarettes tout en rêvant à… Le regard de l’enfant me ramena à la réalité. Il avait fini son assiette. Incontestablement, il aimait le moka au chocolat. Contrairement à moi. Je préférais les tartes… J’en faisais d’ailleurs d’excellentes… Mon dessert était resté intact et son désir aussi. C’était un désir interrogatif « Pourquoi ne mange-t-elle pas sa part, que compte-t-elle en faire ? ». De mon côté je m’interrogeais aussi : « Quels sont les adultes qui l’accompagnent ? Où sont ses parents ? Fait-il partie de la famille des jeunes mariés… ? ». Il avait l’air comme moi, perdu dans cette mer humaine mouvante excitée par le bruit et l’alcool. Je commençai donc à faire ma petite enquête, l’air de rien, promenant mon regard sur chacun des convives, cherchant une ressemblance, un signe d’inquiétude dirigé vers l’enfant… « Comment va-t-il…. Est-il sage… ». Non, décidemment, personne ne paraissait s’intéresser à lui et lui me semblait comme un poisson dans l’eau au milieu de cette marée indifférente à son égard. Pour l’instant, le seul lien qui le rattachait à quelqu’un était une part de moka au chocolat et ce quelqu’un, c’était moi. Je savourais la situation avec une petite pointe de tendre sadisme. Intimement, je le remerciais de cette gourmandise si mal dissimulée qui insidieusement nous attachait, nous liait l’un à l’autre pour un temps éphémère. Nos voisins de table nous ignoraient, trop occupés à vouloir à tout prix obtenir la jarretière fleurie de roses de papier crépon, et cette totale ignorance nous allait bien, nous confinant dans une bulle ou seuls lui et moi étions admis. Sans doute aurais-je aimé que ce fût lui qui brisât la glace le premier mais son entêtement était profond et palpable ; je renonçai donc à attendre encore et, soulevant mon assiette contenant le mets précieux, je dis avec entrain « On échange… ? ». Les prunelles sombres du petit poulbot s’éclairèrent d’un seul coup et dans un sourire plus que juvénile il me tendit son assiette vide. La glace était bel et bien rompue. Sans perdre la moindre seconde, je poursuivis mon numéro de charme par un « C’est quoi ton petit nom ? ». Il hésita un court instant, mais lorsqu’il fut sûr d’être en possession de l’objet de sa convoitise, il m’accorda enfin le bonheur d’entendre sa voix : « Tom !... » dit-il d’une voix étonnement assurée. Je me retrouvai donc avec l’assiette vide de Tom tandis que lui entamait son second dessert. Il fallait bien reconnaître qu’il n’avait pas fait honneur aux plats précédents : vol-au-vent financière, gibier, haricots verts… rien n’avait autant attisé ses papilles que ce moka au chocolat. « Pourvu qu’il ne soit pas ma-lade » pensai-je tout à coup et à cet instant je vis un jeune homme s’approcher de lui, puis se pencher sur lui, je le vis encore l’embrasser dans le cou puis picorer ses petites joues rondes de baisers légers et tendres. A présent, l’enfant savourait et le moka et l’affection que lui prodiguait ce superbe garçon sorti de je ne sais où - il était parvenu à passer au travers de mon enquête… - et ces effusions qui se manifestaient devant mes yeux d’une manière si sincère, malgré moi, me pincèrent le cœur. Allais-je devoir me retirer de la bulle sur la pointe des pieds, retourner à mon ennuyeuse solitude en attendant sagement le café, le pousse-café…? Un cri de victoire me sortit de ma torpeur : enfin, un invité était parvenu à gagner la jarretière de la mariée et la coutume voulait encore qu’il allât la récupérer avec les dents… les autres applaudissaient… tandis qu’un orchestre se mettait en place sur une estrade installée pour la circonstance…

Ce fut Tom qui cette fois prit la parole le premier :
- C’est David, mon frère, qui s’occupe de moi depuis que nos parents sont morts dans un accident d’avion, il y a très longtemps, même que je ne m’en souviens plus…
David devait avoir à peu près le même âge que moi et il me regardait comme jamais un homme ne m’avait encore regardée. Tom poursuivit :
- La dame m’a donné sa part de moka, il était drôlement bon ce gâteau… est-ce que tu sais faire le moka au chocolat ? me demanda-t-il enfin.- Non, je suis désolée, dis-je, mais je sais faire de très bonnes tartes… aux fraises… par exemple ou aux cerises… c’est la saison…
-
J’aime toutes les tartes ! dit-il

David se mit à rire, un beau rire plein d’intelligence et de sensualité. Je l’avoue bien sincèrement, j’étais médusée. La bulle s’était refermée sur nous trois et nous enveloppait d’une douceur exquise. Je n’osai pas poser la question, à savoir si lui aussi aimait… « toutes les tartes », mais l’étincelle de son regard si identique à celui de Tom quand il s’agissait de gourmandise, me donna, sans l’ombre d’un doute, la réponse…

Prix de la nouvelle d'Auffargis : 3ème prix


LE JARDIN DES DELICES
de Chris Bernhard

Lorsque la lettre est arrivée, je mis plusieurs heures à réaliser ce qui m’arrivait.

Je me laissai tomber sur le canapé et la relus plusieurs fois. Pas de doute, elle m’était bien adressée :

Madame Françoise POTHIER, née DANNEL

Elle provenait d’un notaire de Pithiviers, Maître Delhaunay et m’annonçait le décès de Mademoiselle Hortense DANNEL survenu dans sa quatre vingt dix septième année et me priait, en temps que légataire universelle, de prendre contact avec lui dans les plus brefs délais.

Cousine Hortense... Son nom était parfois évoqué lorsque mon père était encore en vie.

Elle avait cinq ans de plus que lui, cette cousine « originale » comme il disait.

« Originale » était un piètre mot…

Un souvenir me revint soudain. Je devais avoir sept ou huit ans, mon père m’avait emmenée Place du Tertre où Hortense était peintre. Elle y était connue comme le loup blanc. J’avais été très impressionnée par le personnage haut en couleurs qu’elle était, sa gouaille, son franc-parler et surtout son physique.

Elle n’était pas très grande, ronde comme une mappemonde et portait une grande blouse blanche de peintre qui lui descendait jusqu’aux pieds, dissimulant ses rondeurs. Deux ou trois pinceaux retenaient une masse de cheveux roux en un gros chignon sur sa nuque et une frange épaisse balayait des yeux verts pétillants qui clignaient, gênés par la fumée d’un long fume-cigarette en écaille.

Des yeux gourmands, gourmands de la vie.

Elle donnait l’impression de jongler avec ses pinceaux, peignant des portraits ou des vues de Paris.

Mon père la taquinait, lui disant «  Cousine Hortense, un jour tu éclateras comme un fruit trop mûr ». Alors elle riait comme une petite fille et répondait « on verra bien, on verra bien, il faut savoir goûter les bonnes choses de la vie ! ».

Nous étions allés déjeuner Impasse Traînée dans un petit restaurant pour artistes où nous étions serrés, assis sur des bancs. Elle, elle prenait carrément deux places et avait mangé comme un ogre, terminant le repas par deux desserts. Ensuite, nous étions sortis dans l’impasse. Elle m’avait soulevée et posée sur le muret pour me montrer cette vue imprenable qui surplombait Paris. Elle avait caressé le nœud de satin blanc posé sur ma tête, soulevé ma frange et plongé son visage dans mes longs cheveux roux, me reniflant comme on respire du pain sortant du four et m’avait dit : « toi ma mignonne, tu ne peux pas renier les DANNEL, tu ressembles à une brioche, on dirait moi à ton âge ».

Je n’avais jamais revue Cousine Hortense. Une brouille dont je n’ai jamais su l’origine l’avait éloignée de mon père.

Aujourd’hui, je suis là, assise devant Maître Delhaunay.

« Mon père a bien connu Mademoiselle DANNEL » m’explique-t-il.

« Elle s’est présentée à lui, il y a environ quarante ans, cherchant absolument une propriété à Pithiviers. Un nom qui la faisait saliver. Mon père réglait justement une succession dans les environs. Une maison bourgeoise entourée d’un parc au fond duquel se trouvait un pavillon. Elle eut tout de suite le coup de foudre et la vente fut signée illico presto. Mon père était séduit par sa gaîté, sa jovialité, sa vivacité malgré son embonpoint.

Quelques petits travaux étaient à effectuer, il la mit en contact avec des entrepreneurs, lui trouva une jeune bonne et ils devinrent presque amis.

Vous savez, elle avait une certaine cote dans le monde parisien à cette époque et mon père fût étonné qu’elle se retire si loin de la capitale.

Elle ne sortait guère, on la vit de moins en moins dans les rues de Pithiviers. Leurs relations s’espacèrent pour devenir inexistantes et mon père respecta sa retraite.

Elle revint un jour le voir pour rédiger son testament. Il eut du mal à la reconnaître. Toujours gaie et vive comme un furet, mais elle était devenue comme une brindille flottant dans une jupe longue et un pull dix fois trop grand pour elle. Nombre de fils argentés s’étaient mêlés à son opulente chevelure… Mais nous allons aller ensemble à la propriété. Toutefois je vous remets cette clé qu’elle portait nuit et jour à son cou au dire de Justine, sa bonne…

C’est la clé du pavillon ».

Nous pénétrons par la grille dans le jardin puis montons le perron. C’est Justine qui nous ouvre. Après les présentations, son mouchoir à la main, elle me dit :

« Elle n’a pas souffert, vous savez, elle est partie dans son sommeil ».

Nous faisons le tour de la maison. D’abord les chambres à l’étage. Toutes vides excepté des dizaines de tableaux entassés sous des draps. Paris, Paris, encore Paris et des portraits, beaucoup de portraits. Nous redescendons dans le salon.

« C’est là que Miss Hortense vivait ou plutôt dormait. » dit Justine.

La pièce n’est pas très grande, plutôt cosy. Un petit lit recouvert d’un gros édredon dans un coin, des étagères pleines de livres. Je regarde d’un peu plus près. Beaucoup de livres de cuisine. Quelques photos aussi dans des cadres anciens. Je reconnais mon grand-père avec ses moustaches et sa longue barbe, jouant avec son chien. Une autre montre une très jolie jeune femme près d’un homme en tenue militaire qui ressemble comme deux gouttes d’eau à mon grand-père et une petite fille toute ronde, un nœud blanc dans les cheveux. Sans aucun doute Hortense et ses parents. Et puis, une autre encore, c’est Hortense plus grande assise dans une barque. Elle rit aux éclats. Derrière elle, tenant les rames, c’est Adrien, mon père.

A côté, un petit vase avec des myosotis émiettant leurs pétales fanés sur la boiserie.

Je me retourne, les larmes aux yeux.

Deux fauteuils, face à la cheminée. Sur l’un, un chat dort dans les coussins. Sur l’autre, une grosse couverture écossaise jetée sur d’autres coussins. Entre les deux fauteuils, une table basse sur laquelle, parmi les livres, reposent une paire de lunettes et un fume-cigarette en écaille.

Je caresse la couverture. « Elle avait toujours froid, je faisais du feu dans la cheminée même l’été car c’est là qu’elle prenait ses repas » dit Justine. Puis elle nous emmène dans la cuisine.

Tout est rangé, impeccable. Une ardoise est posée en biais le long du mur.

Un menu écrit à la peinture blanche comme au restaurant :

Lundi : haricots verts

Mardi : courgettes

Mercredi : tomates, salade, œufs durs

Jeudi : endives

Vendredi : carottes

Samedi : chou-fleur

Dimanche : pommes de terre, jambon

CUISSON VAPEUR

Je regarde Justine…

« C’est le même menu depuis plus de trente ans » me dit-elle « Miss Hortense était très rigoureuse là-dessus. Je n’ai jamais rien compris. Une fois par semaine elle me faisait, en plus de son menu rituel, une liste à n’en plus finir d’ingrédients de toutes sortes et puis elle enfournait tout ça dans un panier et disparaissait au fond du jardin. »

L’émotion me fait frissonner. Je serre dans ma main la clé dont j’ai passé instinctivement le ruban autour de mon cou.

L’étonnement passé, Maître Delhaunay me propose de voir le parc… Et le pavillon à moitié enfoui sous une énorme glycine.

« A vous l’honneur » me dit-il.

Le ruban est assez long pour que je n’aie pas besoin de le retirer de mon cou. J’engage la clé dans la serrure. J’hésite, ma gorge se serre, une angoisse m’étreint. J’ai soudain l’impression de commettre une indiscrétion, entrer dans un monde interdit.

Je tourne enfin la clé et pousse la porte.

Des effluves de pâtisserie, une bouffée de vanille nous enveloppent. Nous n’arrivons pas à croire ce que nous voyons. Une cuisine !

Une cuisine comme on pourrait en voir dans les châteaux.

Une grosse cuisinière à bois trône au milieu de la pièce avec des bassines à confitures, des casseroles et des moules à gâteaux en cuivre de toutes les grandeurs, des louches, des cuillères en bois, des batteurs et des rouleaux à pâtisserie.

Sur une grande table est encore étalée de la farine, des coquilles d’œufs et puis des jarres, des tourtières, des moules, des pots en verre remplis de gousses de vanille, de confitures, d’amandes, de noix…

Nous passons dans la pièce d’à côté, elle est dans la pénombre mais les odeurs de pâtisseries y sont encore plus enivrantes.

Maître Delhaunay et moi, en parfaits duettistes, tirons les rideaux libérant le soleil qui entre à flot dans la pièce. Stupeur !!!

C’est un jardin des délices que nous découvrons, un paradis de gourmandises.

Des dizaines de toiles sur lesquelles s’empilent des gâteaux de toutes sortes. Des corbeilles de fruits aux raisins tombant en cascades. Des monticules de brioches luisantes, des tartes juteuses de cerises et de groseilles gonflées de soleil, des piles de gaufres saupoudrées de sucre glace et de confiture.

Des natures mortes de jarres débordantes de crèmes, des pots et des verres remplis d’orangeades pétillantes, des grenadines transparentes comme des rubis où des pailles attendent d’être prises par des lèvres envieuses.

Et puis bien sûr des Pithiviers dont le feuilleté des parts coupées se soulève en pétales dorés, laissant la pâte d’amandes s’écouler, onctueuse et fondante.

L’eau nous vient à la bouche.

Sur le chevalet, un dessert est en préparation. Sur la table à côté, un pinceau est planté dans un grand saladier de mousse au chocolat. Des meringues à moitié pilées sur une assiette brillent au soleil. Un jaune d’œuf attend dans sa coquille. Un fin pinceau a prélevé les grains d’une gousse de vanille tandis que sur une petite planche, des quartiers d’oranges finement coupés en zestes ont laissé couler leur jus.

J’imagine Cousine Hortense, perdue dans son gros pull, des pinceaux retenant son chignon, préparant dans le secret de son pavillon ses pigments comme une magicienne au pays des merveilles.

Les papilles en effervescence, je fais le tour de la pièce où sont empilés les tableaux. L’un d’eux, recouvert d’un drap attire mon attention. J’en soulève délicatement un coin.

Un parfum de confiture de fraises s’en dégage. Je continue à soulever le tissu…

Apparaît alors une petite fille aux longs cheveux roux retenus par un ruban blanc. Une frange épaisse balaye ses yeux verts pétillants. Ses joues dorées, toutes rondes, toutes barbouillées, elle suce religieusement un doigt qu’elle vient de plonger dans un pot de confiture.

Je prends le tableau et me dirige près de la fenêtre pour mieux le voir. A ce moment, Maître Delhaunay se penche pour ramasser quelque chose.

« C’était coincé derrière le tableau me dit-il » me tendant une enveloppe.

Une enveloppe où mon nom est écrit d’une main incertaine.

Ma gorge se serre à nouveau. Tremblante, j’ouvre l’enveloppe.

«  Ma petite brioche

C’est comme cela que je te nommais au fond de mon cœur.
L’heure des aveux est arrivée, tu as le droit de savoir.
Cousine d’Adrien, ton papa, j’étais son aînée de cinq ans, mais nous partagions tous nos jeux, nos aventures d’enfants, dans lesquelles il se laissait volontiers entraîner pendant toutes les vacances que nous passions ensemble dans la maison de ton grand-père. Pour rire, il m’appelait « Cousine Hortense », en déférence à mes cinq ans de plus que lui et se moquait toujours de mes rondeurs. Nous étions comme deux larrons en foire mais je dois avouer que, plus hardie que lui, j’étais souvent l’initiatrice de nos facéties.

Plus tard, éprise de liberté, j’avais suivi, au grand dam de mes parents, l’école des Beaux Arts mais je ne manquais pas de retrouver Adrien aux vacances. Il était fasciné par tout ce que je lui contais de ma nouvelle vie.

En 1940, nous avons été séparés. Lui a été mobilisé et moi, je suis partie aux Etats-Unis.

C’est en 1946 que nous nous sommes retrouvés.
Lui avait vingt six ans, moi trente et un.
Je m’étais installée à Montmartre où je vivais de ma peinture. Nous avons repris nos relations, mais, les jeux n’étaient plus les mêmes. En 1948, tu es arrivée.

Scandale dans la famille. D’autant que je refusais d’assumer cette maternité. Je ne voulais pas perdre cette liberté qui était mienne. Adrien a été merveilleux.
Pendants quelques mois, aidé de ses parents, il a assumé sa paternité.
Moi, on m’avait reniée une fois pour toutes.
Puis une femme est entrée dans sa vie, qui a accepté la situation. Pendant sept ans, elle a été ta maman et une mauvaise maladie l’a emportée.

Quelques temps après, ton père est venu me voir avec toi Place du Tertre, essayant de plaider ta cause, mais je n’ai pas cédé. Une grande émotion m’a envahie mais pour moi, il était trop tard. Le secret avait été gardé par toute la famille et je n’avais pas le droit de briser toute cette fortification construite autour de toi.
Par ailleurs, les médecins étaient soucieux de mon embonpoint, il fallait absolument que je fasse une cure d’amaigrissement sinon, ils ne répondaient pas de moi.
Cette cure, je l’ai faite. Seule. J’ai tiré un trait sur ma vie parisienne.
Le reste te sera peut-être conté par les personnes ici qui ont respecté ma retraite.
Durant toutes ses années, j’ai pensé à toi, je t’ai imaginée…

Pardonne-moi ma petite brioche, mais de loin je t’ai tellement aimée. »

« Cousine Hortense »

Prix de la nouvelle d'Auffargis : coup de coeur du jury


LE SAPEUR
de Nadine FONTAINE

Julien pénètre dans le centre de cure thermale en tirant une grosse valise. Une hôtesse sourit derrière le comptoir d’accueil. Elle est la réplique des femmes qui ornent les prospectus : jeune, jolie, mince. Julien s’était demandé comment les publicitaires pouvaient vanter auprès de clientes obèses les bienfaits d’une cure d’amaigrissement en montrant dans les jacuzzis et sur les tables de massages des filles aussi radieuses et filiformes. Il n’avait vu aucune photo d’un homme dans son genre.

Sinon, tout est comme sur la brochure : propre, moderne, hospitalier. La jeune femme le conduit jusqu’à sa chambre, les lumières sont tamisées et les couleurs pastelles. De la musique d’eau dégouline doucement de hauts parleurs invisibles. Les couloirs sont larges. Il croise plusieurs curistes qui lui ressemblent.

Il ouvre sa valise et range ses affaires dans l’armoire, une vingtaine de chemises et plusieurs costumes, une pile de caleçons bigarrés et des cravates multicolores, aligne ses paires de chaussures et sort ses pantoufles. Il suspend à la patère de la salle de bains son peignoir en soie sur lequel volètent des oiseaux de paradis au milieu de fleurs d’hibiscus. Julien se regarde dans le petit miroir au dessus du lavabo, sourit, fronce les sourcils, laisse tomber les commissures de ses lèvres, fait la moue, tire la langue, éclate de rire. Il pose sur la tablette ses produits de toilette, crèmes, mousse à raser, lait pour le corps, parfum.

Il retourne dans la chambre et soulève le fond de sa valise qui cache une deuxième poche. Il prend un paquet, le remet, regarde l’armoire, inspecte les tiroirs de la table de nuit et du bureau. Décide que la valise est encore le plus sûr endroit pour y laisser ses trésors.

Il regarde sa montre et inspecte ses vêtements : il a le temps de prendre une douche et de se changer avant l’heure du déjeuner. Sa cure n’a pas encore commencé, il s’habille comme il veut.

Il sifflote sous la douche et se réjouit de se détendre bientôt dans l’eau, les jacuzzis et les saunas. Il enfile un caleçon à pois vert anis, un pantalon en lin couleur crème, une chemise orange vif sur laquelle il noue une cravate fleurie, puis il passe sa veste de costume.

Il jette un œil sur son emploi du temps de la journée ; après le déjeuner, une série de rendez-vous l’attend pour mettre au point le programme personnalisé de sa « cure idéale » de dix-huit jours. Julien espère que la partie diététique tiendra ses promesses. Le menu du jour lui met l’eau à la bouche : Crème de concombre glacée, crevettes sautées au curry, fruits rouges en gelée.

Il se demande quel sera l’accompagnement des crevettes. Il doute que ce soit du riz. Et il ne pourra pas saucer la crème avec du pain. Julien pousse un énorme soupir. La cuisine légère a certainement des vertus, elle est peut-être goûteuse, mais va-t-elle le rassasier ?

Au moment de sortir de la chambre, Julien se ravise. Il tire sa valise de l’armoire, ouvre le soufflet et fouille dans ses paquets. Il les prend un à un, déchiffre le code inscrit sur chacun d’eux. Il ouvre celui qui porte la lettre E et prend le sachet « hot curry ».

Les curistes sortent des chambres et se déversent dans le couloir. Entraîné par le courant, Julien marche d’un pas altier comme s’il tenait une canne et portait un chapeau haut de forme.

Arrivé au seuil du restaurant, il a l’impression que les autres se sont mis en retrait et qu’ils le laissent pénétrer seul dans la vaste pièce. Du regard, il fait le tour des tables et au fur et à mesure que ses yeux se posent sur eux, les curistes attablés suspendent leurs gestes, le brouhaha s’éteint. Julien avance dans le restaurant, se demande s’il a une place attitrée et comment il va la reconnaître. Une hôtesse, jeune et svelte, se précipite vers lui et l’invite à le suivre. Ils traversent le restaurant dans un silence absolu.

Je vous présente Monsieur Rémond qui vient d’arriver.

Ils sont cinq autour de la table, quatre femmes et un homme, d’âges et d’embonpoints variés, tous habillés en noir ou bleu marine – à croire que Julien s’est échappé d’un mariage pour assister à un repas de funérailles. Ils ont tous l’air affligé. Personne ne se présente.

On leur sert l’entrée et Julien se sent pâlir. La crème de concombre remplit à peine la moitié d’une coupelle joliment décorée d’une mini feuille de menthe.

Je suppose qu’il n’y a pas de rabe, demande Julien d’une voix qui trahit son espoir d’être détrompé. Sa voisine sursaute et se tourne vers lui :

Où vous croyez-vous ici ? A la cantine d’un collège ? La voix est plus glacée que la crème de concombre.

Julien s’astreint à déguster chaque bouchée, tout comme il le fait dans un restaurant haut de gamme où la quantité est inversement proportionnelle à la qualité. Il prend la petite cuillère et la trempe doucement dans sa coupelle. Seule la pointe rapporte une lichette de crème. Dans un ralenti, il lève la cuillère jusqu’à ses lèvres qu’il entrouvre délicatement. Julien est tout entier concentré dans la lenteur de ses gestes, il sent à peine le goût du concombre. Il ne quitte pas la coupelle des yeux, sait que les regards sont posés sur lui mais qu’ils fuiraient s’il relevait la tête.

– Hm, hm, toussote une voix masculine, vous verrez, ici, on mange très bien. Vous êtes inscrit aux cours de cuisine diététique ?

Julien explique en souriant que son programme sera établi après le déjeuner. – Mais n’est-ce pas un peu difficile de suivre des cours de gastronomie quand on a faim ? , demande-t-il en fronçant les sourcils.

Vous avez certainement rendez-vous avec le psychologue, intervient la femme assise en face de lui. Si vous pensez toute la journée à la nourriture, vous allez avoir des problèmes.

Vous n’y pensez pas, vous ? s’étonne Julien. La serveuse venue débarrasser les coupelles évite à la tablée de répliquer.


Ainsi que Julien l’avait pressenti, les crevettes sont, hélas, servies sans riz. Il les compte : cinq crevettes nagent dans son assiette. Il se demande si les autres en ont plus et se rassure en se disant que les quantités sont pesées et calibrées. Ce qui ne l’empêche pas de loucher sur les assiettes des voisins. Julien s’oblige à déguster ses crevettes avec la même lenteur que la crème de concombre. Après la deuxième bouchée, il se dit que non content d’être léger, le plat est insipide. De sa main gauche, il tâte le sachet de hot curry dans sa poche. Il hésite. S’il sort ses épices, ce sera le troisième impair avant le dessert. Il touille dans son assiette, accablé de n’avoir encore que trois crevettes. Avec sa fourchette, il en pique une, la passe et repasse dans la sauce.

C’est succulent, s’exclame sa voisine de droite, n’est-ce pas Monsieur Rémond ? Mais vous devez avoir l’habitude de manger plus relevé. 

Julien se tourne vers elle en affichant l’étonnement le plus pur :

Comment le savez-vous ? La voisine pique un fard et se tait. Justement, poursuit Julien en agitant son sachet, si quelqu’un souhaite ajouter quelques pincées de curry, j’en ai. Et ça ne fait pas grossir, se sent-il obligé de préciser devant les mines consternées des convives.

Le repas se termine dans les chuchotements qu’échangent les cinq endeuillés, laissant Julien à sa confrontation muette avec le dessert, aussi peu copieux que les plats précédents. Une tisane arrive sur la table. Julien ne se doutait pas que le café et le thé puissent être caloriques, y compris sans sucre.

Il sort de table, l’estomac dans les talons et le moral en berne. Tiendra-t-il dix-huit jours à ce régime ? Il espère ne pas rester à la même table : il est définitivement grillé. En passant, il jette un œil sur les autres curistes et leur trouve le même air malheureux.


J’ai eu vent des petits échanges que vous avez eus à table, attaque tout de suite la diététicienne. Monsieur Rémond, je comprends que le changement radical que nous vous proposons soit difficile. Je vous rassure : tous les curistes ressentent la même chose. Vous avez peur de ne pas y arriver, mais nous vous aiderons et vous verrez, vous partirez d’ici en pleine forme, avec quelques kilos en moins et l’esprit serein.

L’échange se poursuit aimablement, Julien fait de terribles efforts pour ne pas montrer son effroi devant le programme : il va passer la majeure partie de la journée en peignoir éponge, dans les salles de gymnastique et à parler alimentation, cuisine, poids, exercices physiques tout en se contentant de trois repas par jour, aussi diététiques et légers que celui de ce midi.

Vous venez d’où, monsieur Rémond, demande soudainement son interlocutrice.

De Paris, répond laconiquement Julien tout en sachant qu’elle attendait une autre réponse.

Je veux dire, bafouille la diététicienne, de quel pays êtes-vous originaire ? Des Antilles, peut-être ?

Haïti, je suis né en Haïti. Si c’est votre question. Mais je viens de Paris, où je vis depuis ma naissance, ou quasi. Je suis Français, je mange français, je parle français, je pense français, je

Je vous en prie, ne vous fâchez pas.

Julien n’est pas fâché, seulement agacé. La conversation se clôt sur cet incident et sur un sourire encourageant :

Vous avez rendez-vous avec le psychologue, je crois.


Oui, Julien a rendez-vous avec le psychologue dans trente minutes. Il sort dans le jardin et cherche une chaise longue à l’écart. Il s’avance lentement, pensant qu’il est assorti aux couleurs du jardin. Il n’a jamais compris pourquoi, sous prétexte d’être gros, il faudrait s’habiller en noir. Il avait dix-huit ans quand il a regardé un reportage sur les Sapeurs du Congo. Il a été ébloui par l’élégance de ces hommes, par leur opiniâtreté à marcher en mocassins vernis à pompons dans les rues boueuses de Brazzaville. A dépenser des fortunes en costumes extravagants, en chapeaux et en cravates ton sur ton avec des chemises taillées sur mesure. Il se souvient encore avec admiration d’un homme traversant un quartier misérable habillé en rose du chapeau aux chaussures.

Julien dépense une partie non négligeable de son salaire en sapes multicolores. Ses collègues s’en amusent, sa famille envie sa liberté et son aisance à promener ses cent quarante-trois kilo et son mètre quatre-vingt-huit dans des costumes vert pomme ou jaune canari qu’il doit faire confectionner sur mesure.

Julien soupire en s’allongeant sur le transat. Que va-t-il bien pouvoir expliquer au psychologue sans que cela l’amène à trop en dire ? Il n’a aucune envie de raconter sa vie qu’il a au demeurant déjà racontée à un psychanalyste pendant six ans. Il avait compris beaucoup de choses, notamment sa relation à la nourriture et à l’habillement, il avait compris que sous son appétit et sa sapologie se manifestait un besoin vital d’opulence. L’avoir compris n’avait rien changé à ses manières, sa prise de conscience l’avait seulement rasséréné et lui avait donné un blanc seing pour continuer.

Pourrait-il dire au psychologue qu’il s’était inscrit pour faire plaisir à sa mère ? Il y avait de fortes chances pour que cette confidence fasse dresser les oreilles du psy qui sauterait dessus comme un chien sur un os. Comment raconter en quelques mots sa relation avec sa mère, l’inquiétude de celle-ci depuis toujours devant son appétit irrépressible ? Elle avait tenté de l’endiguer, lui avait démontré qu’il était impossible qu’il eût encore faim, qu’il mangeait plus qu’à sa faim. Elle lui avait prédit obésité et maladies quand il deviendrait adulte s’il ne se réfrénait pas. Enfant, il brûlait tout en s’agitant et apprenant. Mais une fois l’enfance passée, qu’en serait-il de toutes ces calories, de cet estomac qui réclamerait son dû, alors qu’il ne grandirait plus, bougerait moins et que son cerveau ralentirait ses efforts ?

Sa mère n’avait pas cessé de s’inquiéter. Et lui n’aimait pas que sa mère s’inquiète pour lui. Julien savait qu’en s’inscrivant à une cure d’amaigrissement, il la rassurerait. Au moins pour quelques semaines. Peut-être la cure réussira-t-elle là où la psychanalyse avait échoué ? Pourtant, elle savait aussi bien que lui que cela ne changerait rien. Ça venait de trop loin, de trop profond, ça venait même des ancêtres, ça venait du temps des famines, ça venait des jours où on mangeait des galettes de boue.


Julien se rappelle précisément comment tout s’est révélé à lui, comment il a été à la fois stupéfait et soulagé de mettre des mots sous la sensation persistante de faim, sous sa déconvenue qui parfois se muait en abattement lorsque d’autres finissaient un plat avant qu’il ait pu en reprendre.

Il sait que rien ne pourra calmer son angoisse, ni aucune cure d’aucune sorte ni des montagnes de nourriture. Il a uniquement réussi à transformer son avidité en gourmandise : il ne mange que des plats succulents ; il a appris la cuisine et passe des heures à préparer des repas qu’il ne prend quasi jamais seul. Le petit garçon insatiable est devenu un adulte hédoniste.

Julien trouve que c’est déjà remarquable. Là d’où il vient, là où il a passé la première année de sa vie, les parents qui ne peuvent plus nourrir leurs enfants se séparent d’eux. Il se demande s’il ne suffirait pas de dire au psychologue ceci : « Je mange pour rattraper les décennies de disette, les siècles de misère, je mange parce que mes parents de naissance m’ont abandonné pour ne pas me voir mourir de faim. Je mange pour que leur sacrifice ne soit pas vain. » 

jeudi 17 janvier 2013

Prix de la nouvelle d'Auffargis


PREMIER PRIX DE LA NOUVELLE D'AUFFARGIS

REGLEMENT 2013

ARTICLE PREMIER : L'association les Mots d'Où, la bibliothèque d'Auffargis et la mairie d'Auffargis organisent leur premier concours francophone de nouvelle.
Il sera ouvert du 1er février 2013 au 15 juin 2013.

ARTICLE 2 : Le concours est ouvert à tous les auteurs francophones.
Le thème est :

GOURMANDISE, GOURMANDISES

La participation au concours est fixée à 5 € (chèque établi à l’ordre des Mots d'Où).
Les jurés et leur famille ne peuvent participer.

ARTICLE 3 : Le manuscrit sera dactylographié.
La nouvelle ne devra pas excéder 10 pages. La police sera Times New roman ou Arial 12, en interligne 1,5
La nouvelle devra obligatoirement comporter un titre.
Les pages seront numérotées et reliées par une agrafe.
Chaque auteur ne pourra envoyer qu’une nouvelle.

La fiche d'inscription ci-dessous accompagnera la nouvelle, dans une enveloppe sur laquelle sera inscrit le titre de la nouvelle.
Dès réception, un codage garantissant l’anonymat du candidat sera effectué.
Les manuscrits non retenus seront détruits.

ARTICLE 4 : Les nouvelles ne devront jamais avoir été publiées, quel que soit le support.

ARTICLE 5 : Les manuscrits seront adressés en deux exemplaires du 1er février 2013 au 15 juin 2013 (cachet de la poste faisant foi) à l’adresse suivante :
Association les Mots d'Où
6 grande rue
78610 AUFFARGIS
Les recommandés ne seront pas acceptés. Aucun avis de réception ne sera envoyé.

ARTICLE 6 : Le concours est doté de prix sous forme de bons d'achats.
Premier prix : Le prix des Mots d'Où
Deuxième prix : Le prix de la Bibliothèque d'Auffargis
Troisième prix : Le prix de la commune d'Auffargis

ARTICLE 7 : Après une première sélection de 10 finalistes par un jury, composé de membres des Mots d'Où et de la bibliothèque et d'élus de la commune, ce même jury effectuera une deuxième lecture pour déterminer les trois oeuvres lauréates, et leur attribuer les différents prix.
Le jury sera particulièrement sensible au respect du thème, à l'originalité, au niveau de langue et au respect du genre de la nouvelle*.
*
La nouvelle est un récit court, écrit en prose. Cependant, plus que sa longueur, c'est bien davantage la concision et l'efficacité de son écriture qui la caractérisent. En règle générale, les personnages d'une nouvelle sont peu nombreux et brièvement décrits. Son action est assez simple mais construite de façon à ménager un effet de surprise au dénouement .

ARTICLE 8 : Les prix seront remis à la bibliothèque d'Auffargis, le samedi 19 octobre 2013
.
La présence des lauréats est vivement conseillée pour recevoir les prix.
Important : seuls les dix candidats sélectionnés seront avertis avant le 30 septembre 2013.
Les primés
verront leur nouvelle publiée sur les sites de la bibliothèque et des Mots d'Où.
Les auteurs primés ne pourront concourir à nouveau l'année suivante.

ARTICLE 9 : La participation au concours implique de fait l’acceptation totale et sans réserve du règlement.
Les organisateurs se réservent le droit de le modifier ou de l’annuler si des circonstances extérieures les y contraignent, et de régler souverainement tout litige.

Association les Mots d'Où
Courriel : lesmotsdou@orange.fr
Site :
https://sites.google.com/site/lesmotsdou/
Blog : http://lesmotsdou.blogspot.fr/

Bibliothèque d'Auffargis
Courriel :
bibliotheque.auffargis@hotmail.fr
Blog :
http://bibliothequeauffargis.wordpress.com/

Mairie d'Auffargis
Site :
www.mairie-auffargis.com

vendredi 7 septembre 2012

Création de l'association littéraire

association littéraire

Ateliers d'écriture
Contes-anniversaires
Balades-contées
Ateliers de techniques de la langue

Rendez-vous sur le site https://sites.google.com/site/lesmotsdou


dimanche 18 mars 2012

Si

SI...


Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir,

Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;



Si tu peux être amant sans être fou d'amour,

Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;



Si tu peux supporter d'entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d'un seul mot ;



Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère

sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;



Si tu sais méditer, observer et connaître

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser sans n'être qu'un penseur;



Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage

Sans être moral ni pédant ;



Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,



Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme, mon fils





R. Kipling

mercredi 25 janvier 2012

faire fissa (ou fiça)

« Faire fissa  »

[ SIGNIFICATION ]
Faire vite, se hâter.

[ ORIGINE ] 
Cette expression s'est généralisée en France au début du XXe siècle, mais elle était utilisée par les soldats d'Afrique du nord avant 1870.

Elle vient de l'arabe "fi's-sâ'a" qui veut dire "sur l'heure, très vite" ou "à l'heure même", selon les traductions, et est composé de "fi" pour "dans" et de "sâ'a" pour "heure, moment".

[ EXEMPLE ]
« Nous faisons fissa à travers le parc jusqu'à ma voiture… Eh, fouette ! cocher : en route pour l'hosto. »
San-Antonio - Le Secret de Polichinelle

« Insistez pas (…) le pauvre mec est camé à zéro (…) Y aurait intérêt à le montrer à un toubib, et fissa ! »
Albert Simonin - Touchez pas au grisbi

[ AILLEURS ]
Pays / Région Expression équivalente Traduction littérale
Allemagne / AutricheDalli dalliVite vite
AngleterreChop chopVite vite
États-UnisOn the doubleSur le double
États-UnisProntoRapidement
États-UnisLickety-splitÀ pleine vitesse
France (Franche-Comté)Faire ficelle
HongrieAzon nyombanSur la même piste
InformatiqueASAP (As Soon As Possible)Aussi tôt que possible
Italie (Sicile)SpidugghiàrisiSe débrouiller (= se libérer des fils qui lient)